« La naturopathie, c’est pour les gens qui refusent la médecine. »

C’est une phrase que j’entends souvent. Et je peux la comprendre : elle reflète une méfiance légitime face à certaines dérives du secteur du bien-être, où des praticiens peu scrupuleux ont parfois poussé leurs clients à abandonner leurs traitements médicaux.

Mais cette vision est réductrice. Elle mérite d’être nuancée.


Une idée reçue tenace

La naturopathie souffre d’une image ambiguë. D’un côté, certains la présentent comme une solution miracle capable de tout guérir sans médecine. De l’autre, elle est parfois rejetée en bloc comme une pratique sans fondement sérieux.

La réalité est bien plus nuancée, et bien plus intéressante !

La naturopathie n’a jamais eu vocation à remplacer la médecine conventionnelle. Elle s’inscrit dans une démarche complémentaire, en s’intéressant à ce que le temps de consultation médical (souvent limité à quelques minutes) ne permet pas toujours d’explorer en profondeur : l’alimentation, le sommeil, la gestion du stress, le mode de vie, les émotions. Tout ce qui constitue le terrain sur lequel la santé s’exprime.

Ce n’est pas une question d’opposition : c’est une question de regard différent, porté sur une même personne.


Ce que la naturopathie ne fait pas, et ne fera jamais

Avant d’aller plus loin, il me semble essentiel de poser les limites clairement. Un naturopathe sérieux :

  • Ne pose pas de diagnostic médical : c’est le domaine exclusif du médecin
  • Ne demande jamais à son consultant d’arrêter un traitement médical en cours
  • Ne fait pas de promesses thérapeutiques
  • Recommande de consulter un médecin dès que la situation le nécessite
  • Vérifie systématiquement les contre-indications entre ses recommandations naturelles et les éventuels traitements médicamenteux en cours. Car oui, une plante ou un complément alimentaire peut interagir avec un médicament. 

Ces limites ne sont pas des faiblesses. Elles sont au contraire la garantie d’un accompagnement responsable et sans risque pour vous.


Comment les deux approches fonctionnent concrètement ensemble

Voici trois situations illustratives (non issues de cas réels, mais représentatives de ce que la complémentarité naturo-médecine peut apporter concrètement).

Le post-partum

Imaginez une jeune maman, suivie par sa sage-femme et son médecin traitant après l’accouchement. Elle se sent épuisée, son sommeil est chaotique, elle a du mal à récupérer physiquement. Son suivi médical est en place, mais entre deux consultations, il y a un quotidien difficile à traverser.

Ce que la science nous dit : l’accouchement entraîne des pertes sanguines significatives qui épuisent les réserves en fer (l’anémie post-partum est associée à la dépression, à la fatigue et aux troubles cognitifs). Les vitamines du groupe B, essentielles au métabolisme énergétique et à la régulation de l’humeur, sont également très sollicitées pendant la grossesse et l’allaitement. La vitamine B6 notamment intervient dans la production de sérotonine et de dopamine, deux neurotransmetteurs clés pour l’équilibre émotionnel en post-partum. Et les oméga-3 ? Des études ont montré que la DHA et les acides gras oméga-3 étaient significativement plus faibles chez les femmes ayant développé une dépression post-partum. 

C’est là qu’une approche naturopathique peut apporter quelque chose de concret : soutenir la récupération par l’alimentation, proposer des techniques de gestion du stress adaptées à la vie avec un nourrisson, accompagner le sommeil avec des approches douces. Le tout en cohérence totale avec le suivi médical, et après vérification minutieuse de toute contre-indication liée à l’allaitement éventuel.

Le burn-out

Imaginez une personne suivie par un médecin et/ou un psychologue pour un burn-out. Le traitement médical est en place, le travail psychologique aussi. Mais il reste un terrain physique à soutenir.

Physiologiquement, le burn-out correspond à un épuisement progressif du système nerveux : face à un stress chronique, la sérotonine et la dopamine s’effondrent, le magnésium chute (le stress entraîne des pertes importantes de ce minéral) avant que le cortisol ne s’effondre à son tour, marquant l’entrée dans le burn-out à proprement parler. 

La naturopathie peut intervenir en soutien sur ce terrain biologique : techniques respiratoires pour réguler le système nerveux autonome, micronutrition ciblée pour soutenir les surrénales. Certaines vitamines sont essentielles pour soutenir la fonction surrénalienne, et le magnésium contribue à la relaxation musculaire et nerveuse, réduisant ainsi l’impact du stress chronique. Des plantes adaptogènes peuvent également être envisagées (si et seulement si aucune contre-indication médicamenteuse n’est identifiée).

Encore une fois on ne remplace pas le suivi médical : on l’accompagne sur le terrain du quotidien.

Le côlon irritable

Le dernier cas, une personne avec un diagnostic posé par un gastro-entérologue, et avec un traitement en place. Le syndrome du côlon irritable est une pathologie chronique où l’alimentation, le stress et le mode de vie jouent un rôle majeur dans l’intensité des symptômes.

La science est aujourd’hui très claire sur ce point : le dysfonctionnement de l’axe cerveau-intestin induit par le stress peut conduire au développement d’un large éventail de maladies gastro-intestinales, dont le syndrome du côlon irritable. Les troubles de l’humeur et de la motilité intestinale comme le syndrome du côlon irritable se caractérisent notamment par une perturbation du lien entre l’intestin et le cerveau.

C’est précisément là que la naturopathie a quelque chose à apporter : identifier les aliments déclencheurs, comprendre le lien entre stress et transit, soutenir le microbiote intestinal par l’alimentation. En parallèle du suivi médical, pas à sa place encore une fois, et toujours après vérification de la compatibilité de toute recommandation avec le traitement en cours.


Un mot sur les techniques respiratoires

Dans les trois situations évoquées ci-dessus, la gestion du stress revient comme un fil conducteur. C’est normal : le stress chronique est l’un des facteurs de déséquilibre les plus transversaux qui soit.

Parmi les outils que j’utilise régulièrement : la cohérence cardiaque. Ce n’est pas une simple technique de relaxation, c’est un outil aux mécanismes physiologiques bien documentés. Des études montrent qu’après 5 minutes de cohérence cardiaque, les niveaux de cortisol diminuent, tandis que ceux de la DHEA, (une hormone anti-stress) augmentent. La cohérence cardiaque stimule le nerf vague, un acteur clé du système parasympathique, favorisant la détente et une réduction de l’inflammation systémique. La pratique régulière diminue significativement les taux de cortisol salivaire, notamment lors des pics matinaux, avec une amélioration du tonus vagal mesurable après seulement trois semaines de pratique quotidienne.

Ne négligeons pas notre respiration !


Vers une vision globale de la santé

Ces trois exemples illustrent quelque chose d’essentiel : la médecine conventionnelle et la naturopathie ne regardent pas la même chose. La médecine traite la maladie (avec la rigueur, les outils diagnostiques et thérapeutiques qui sont les siens). La naturopathie s’intéresse au terrain, au mode de vie, à la personne dans sa globalité.

Ces deux regards ne s’excluent pas. Ils se complètent.

De mon côté, je travaille toujours en cohérence avec le suivi médical de mes consultants. Je recommande de consulter un médecin quand la situation le nécessite. Et je vérifie systématiquement les interactions possibles entre mes recommandations et tout traitement en cours : parce que la sécurité de mes consultants n’est pas négociable.

C’est cette rigueur-là que je mets au service d’un accompagnement naturel, bienveillant et adapté à chaque mode de vie.


En résumé

La naturopathie n’est pas contre la médecine. Elle travaille avec elle, en s’intéressant à ce que le temps médical ne permet pas toujours d’explorer. Un naturopathe sérieux connaît ses limites, respecte le cadre médical et oriente vers le bon professionnel quand c’est nécessaire.

Si vous êtes suivi médicalement et que vous souhaitez compléter votre prise en charge par une approche naturelle, n’hésitez pas à m’en parler lors d’une consultation : nous verrons ensemble comment articuler les deux de façon cohérente et sécurisée.

A très bientôt, Emeline 

Sources et liens utiles

Post-Partum :

  • Medizinonline – Carence en fer pendant la grossesse et le post-partum
  • ELSAN – Post-partum
  • Wang, J., Liu, N., Sun, W. et al. Association between vitamin D deficiency and antepartum and postpartum depression: a systematic review and meta-analysis of longitudinal studies. Arch Gynecol Obstet 298, 1045–1059 (2018). https://doi.org/10.1007/s00404-018-4902-6
  • Azami M, Badfar G, Khalighi Z, Qasemi P, Shohani M, Soleymani A, Abbasalizadeh S. The association between anemia and postpartum depression: A systematic review and meta-analysis. Caspian J Intern Med. 2019 Spring;10(2):115-124. doi: 10.22088/cjim.10.2.115. PMID: 31363389; PMCID: PMC6619471.
  • Markhus MW, Skotheim S, Graff IE, Frøyland L, Braarud HC, Stormark KM, Malde MK. Low omega-3 index in pregnancy is a possible biological risk factor for postpartum depression. PLoS One. 2013 Jul 3;8(7):e67617. doi: 10.1371/journal.pone.0067617. PMID: 23844041; PMCID: PMC3701051.
  • Carney RM, Steinmeyer BC, Freedland KE, Rubin EH, Rich MW, Harris WS. Baseline blood levels of omega-3 and depression remission: a secondary analysis of data from a placebo-controlled trial of omega-3 supplements. J Clin Psychiatry. 2016 Feb;77(2):e138-43. doi: 10.4088/JCP.14m09660. PMID: 26930527; PMCID: PMC5369023.
  • Grosso G, Galvano F, Marventano S, Malaguarnera M, Bucolo C, Drago F, Caraci F. Omega-3 fatty acids and depression: scientifi c evidence and biological mechanisms. Oxid Med Cell Longev. 2014;2014:313570. doi: 10.1155/2014/313570. Epub 2014 Mar 18. PMID: 24757497; PMCID: PMC3976923.

 

Stress – Burn-Out :

  • Echos de la nutrition – L’assiette anti-stress
  • Rothe N, Steffen J, Penz M, Kirschbaum C, Walther A. Examination of peripheral basal and reactive cortisol levels in major depressive disorder and the burnout syndrome: A systematic review. Neurosci Biobehav Rev. 2020 Jul;114:232-270. doi: 10.1016/j.neubiorev.2020.02.024. Epub 2020 Feb 20. PMID: 32088345.

 

Côlon irritable :

  • Hillestad EMR, van der Meeren A, Nagaraja BH, Bjørsvik BR, Haleem N, Benitez-Paez A, Sanz Y, Hausken T, Lied GA, Lundervold A, Berentsen B. Gut bless you: The microbiota-gut-brain axis in irritable bowel syndrome. World J Gastroenterol. 2022 Jan 28;28(4):412-431. doi: 10.3748/wjg.v28.i4.412. PMID: 35125827; PMCID: PMC8790555.
  • Shrestha B, Patel D, Shah H, Hanna KS, Kaur H, Alazzeh MS, Thandavaram A, Channar A, Purohit A, Venugopal S. The Role of Gut-Microbiota in the Pathophysiology and Therapy of Irritable Bowel Syndrome: A Systematic Review. Cureus. 2022 Aug 16;14(8):e28064. doi: 10.7759/cureus.28064. PMID: 36127988; PMCID: PMC9477602.
  • Li X, Yuan Q, Huang H and Wang L (2025) Gut microbiota in irritable bowel syndrome: a narrative review of mechanisms and microbiome-based therapies. Front. Immunol. 16:1695321. doi: 10.3389/fimmu.2025.1695321

 

Cohérence cardiaque et nerf vague :

  • New Medical – The Science Behind Breathwork and Stress Reduction
  • Hofmann, Stefan. “The Effect of Heart Rate Variability Biofeedback Training on Stress and Anxiety: a Meta-Analysis.” Psychological Medicine, n.d. doi:10.1017/S0033291717001003.
  • Blase K, Vermetten E, Lehrer P, Gevirtz R. Neurophysiological Approach by Self-Control of Your Stress-Related Autonomic Nervous System with Depression, Stress and Anxiety Patients. Int J Environ Res Public Health. 2021 Mar 24;18(7):3329. doi: 10.3390/ijerph18073329. PMID: 33804817; PMCID: PMC8036915.

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